Allocation des travailleurs indépendants (ATI) pour le micro-entrepreneur : conditions, montant et démarches
Cessation d'activité d'un micro-entrepreneur : conditions de revenu et de liquidation judiciaire, montant forfaitaire, durée de versement et démarches pour obtenir l'ATI auprès de France Travail.
Un micro-entrepreneur qui met la clé sous la porte n’a, pendant longtemps, quasiment aucun filet de sécurité : pas de droit au chômage automatique, contrairement à un salarié licencié. L’allocation des travailleurs indépendants (ATI), créée en 2019, corrige en partie ce vide, mais ses conditions restaient si étroites qu’une minorité seulement de cessations y ouvraient droit. La réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2026 change la donne pour une partie des micro-entrepreneurs en difficulté.
Une allocation longtemps réservée aux liquidations judiciaires
À sa création, l’ATI ne concernait que les indépendants dont l’activité faisait l’objet d’une liquidation judiciaire, une procédure collective lourde, rarement engagée par un micro-entrepreneur qui, en pratique, se contente le plus souvent de déclarer la cessation de son activité sans passer par le tribunal de commerce. Résultat : l’immense majorité des micro-entrepreneurs qui arrêtaient leur activité, même en situation d’échec économique avéré, n’y avait tout simplement pas accès.
La réforme du 1er janvier 2026 élargit le déclenchement de l’ATI au redressement judiciaire et, surtout, à la cessation d’activité pour non-viabilité économique, appréciée selon des critères fixés par décret (baisse significative et durable du chiffre d’affaires, incapacité à couvrir les charges sociales et professionnelles). Ce nouveau cas d’ouverture reste récent et son appréciation par France Travail mérite d’être vérifiée au cas par cas, mais il rapproche enfin l’ATI de la réalité des cessations de micro-entreprise, qui se font rarement par liquidation judiciaire formelle.
Les deux conditions de ressources à remplir
Au-delà du motif de cessation, deux conditions cumulatives déterminent l’ouverture des droits :
- Un seuil de revenu antérieur : avoir généré au moins 10 000 € de revenus professionnels annuels moyens sur l’une des deux dernières années d’activité. Pour un micro-entrepreneur, ce revenu correspond au chiffre d’affaires déclaré après application de l’abattement forfaitaire propre à son activité, et non au chiffre d’affaires brut.
- Un plafond de ressources personnelles : disposer, au moment de la demande, de ressources inférieures au montant du RSA pour une personne seule. Ce plafond s’apprécie sur l’ensemble des ressources du foyer et non sur les seuls revenus professionnels, ce qui exclut de fait les indépendants disposant d’un autre revenu significatif (pension, activité du conjoint prise en compte selon les cas, patrimoine).
Ces deux critères, contrairement au motif de cessation, n’ont pas été assouplis par la réforme de 2026 : ils continuent d’écarter une partie des micro-entrepreneurs, notamment ceux dont l’activité n’a jamais dépassé un revenu modeste.
Montant et durée : une allocation forfaitaire, pas un revenu de remplacement
Contrairement à l’ARE des salariés, calculée en pourcentage du salaire antérieur, l’ATI est strictement forfaitaire : 26,30 € par jour en 2026, soit environ 800 € par mois, quel qu’ait été le niveau de revenu du micro-entrepreneur avant la cessation. Un indépendant qui gagnait 4 000 € par mois et un autre qui en gagnait 1 200 € touchent exactement la même allocation.
Elle est versée pendant 182 jours calendaires maximum, soit six mois, sans dégressivité mais aussi sans possibilité de prolongation au-delà de ce plafond, y compris si aucune nouvelle activité n’a démarré à l’issue de la période. Ce plafond, deux fois plus court que la durée minimale d’indemnisation d’un salarié licencié, en fait un filet de sécurité transitoire plutôt qu’un véritable revenu de remplacement.
| ATI | ARE (salarié) | |
|---|---|---|
| Montant | Forfaitaire, ~800 €/mois | % du salaire journalier de référence |
| Durée maximale | 182 jours (6 mois) | 18 à 27 mois selon l’âge |
| Cumul avec une nouvelle activité | Possible sous conditions | Possible sous conditions |
| Motif requis | Liquidation, redressement ou non-viabilité (2026) | Perte involontaire d’emploi |
La demande auprès de France Travail
La demande se dépose auprès de France Travail (ex-Pôle emploi), en ligne ou en agence, dans un délai de 12 mois suivant la date de cessation d’activité, un délai à ne pas laisser filer, car aucune régularisation n’est possible passé ce terme. Le dossier réunit :
- le jugement d’ouverture de la procédure collective (liquidation ou redressement) ou l’attestation de cessation d’activité pour non-viabilité économique ;
- les justificatifs de revenus professionnels des deux dernières années (avis d’imposition ou attestations de l’Urssaf) ;
- une déclaration sur l’honneur des ressources du foyer, contrôlée par France Travail sur la base des avis d’imposition.
L’instruction prend généralement plusieurs semaines. En cas de refus, un recours gracieux auprès de France Travail puis, le cas échéant, un recours contentieux devant le tribunal administratif restent possibles.
Un droit qui ne se cumule pas avec l’ARE
Point de vigilance pour les profils mixtes : un ancien salarié devenu micro-entrepreneur, qui dispose encore de droits ARE non épuisés au moment de la cessation de son activité indépendante, ne perçoit pas les deux allocations simultanément. France Travail verse la plus avantageuse des deux, ce qui suppose de comparer les montants avant de faire valoir ses droits, l’ARE calculée sur d’anciens salaires dépasse fréquemment le forfait de l’ATI, surtout pour des salaires antérieurs confortables.
Pour construire une reprise d’activité sécurisée après une cessation, il peut être utile d’anticiper le financement du rebond avec l’ARCE, de vérifier son éligibilité au cumul RSA et micro-entreprise en attendant une nouvelle activité, ou de solliciter un accompagnement dédié via la rubrique gestion et finances du site.
Questions fréquentes
Qui peut toucher l'ATI en tant que micro-entrepreneur ?
Le micro-entrepreneur dont l'activité a fait l'objet d'une liquidation judiciaire, ou, depuis la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2026, d'un redressement judiciaire ou d'une cessation pour non-viabilité économique constatée dans les conditions fixées par décret. Il doit en outre avoir perçu au moins 10 000 € de revenus professionnels annuels moyens sur l'une des deux années précédant la cessation, et disposer de ressources personnelles inférieures au montant du RSA pour une personne seule.
Quel est le montant de l'ATI et combien de temps est-elle versée ?
L'ATI est une allocation forfaitaire unique, sans lien avec le niveau de revenu antérieur : 26,30 € par jour en 2026, soit environ 800 € par mois. Elle est versée pour une durée maximale de 182 jours calendaires, soit six mois, sans dégressivité ni possibilité de prolongation au-delà de ce plafond.
Comment demander l'ATI auprès de France Travail ?
La demande s'effectue en ligne ou en agence France Travail dans les 12 mois suivant la date de cessation d'activité. Le dossier comprend le jugement d'ouverture de la procédure collective (liquidation ou redressement) ou l'attestation de cessation d'activité, un justificatif des revenus professionnels des deux dernières années (avis d'imposition ou attestation de l'Urssaf) et une déclaration sur l'honneur des ressources du foyer. France Travail instruit la demande sous plusieurs semaines avant le premier versement.
Un micro-entrepreneur qui a aussi été salarié peut-il cumuler ATI et ARE ?
Non. L'ATI et l'allocation de retour à l'emploi (ARE) issue d'une activité salariée ne se cumulent pas : si le demandeur dispose de droits ouverts au titre de l'ARE, France Travail lui verse l'allocation la plus avantageuse entre les deux, et non les deux simultanément. Il est donc utile de comparer les montants avant de choisir, notamment lorsque l'ARE calculée sur d'anciens salaires dépasse le forfait de l'ATI.
La réforme de 2026 a-t-elle élargi l'accès à l'ATI ?
Oui. Jusqu'en 2025, seule la liquidation judiciaire ouvrait droit à l'ATI, ce qui excluait de fait la majorité des micro-entrepreneurs en cessation simple, non soumis à cette procédure collective. Depuis le 1er janvier 2026, le champ s'élargit au redressement judiciaire et à la cessation pour non-viabilité économique, appréciée sur des critères objectifs définis par décret (baisse de chiffre d'affaires, endettement, incapacité à couvrir les charges). Les modalités précises d'appréciation de la non-viabilité restent à vérifier au cas par cas auprès de France Travail, ce critère étant nouveau et encore peu jurisprudencé.