Création & statuts

Fermer sa micro-entreprise : cessation d'activité, dernière déclaration de CA et CFE

Cesser son activité de micro-entrepreneur : déclaration sur le guichet unique, dernière déclaration de chiffre d'affaires, dégrèvement de CFE, droits maintenus et documents à conserver.

Entrepreneur rangeant des dossiers et des classeurs dans un carton sur un bureau en fin d'activité

Arrêter une micro-entreprise prend quelques minutes en ligne, mais les obligations qui l’accompagnent s’étalent, elles, sur plusieurs mois : une dernière déclaration de chiffre d’affaires, une régularisation de cotisation foncière, une déclaration de revenus l’année suivante. Les régularisations douloureuses viennent presque toujours d’une formalité négligée après la fermeture, pas de la fermeture elle-même.

Cesser, mettre en sommeil ou se laisser radier : trois situations différentes

Avant d’engager la formalité, il faut identifier ce que l’on veut réellement faire, car les trois voies n’ont ni les mêmes effets ni la même réversibilité.

SituationEffetRéversibilité
Cessation d’activitéRadiation définitive, perte du SIRETRecréation possible, mais nouvelle immatriculation
Mise en sommeilActivité suspendue, entreprise maintenueReprise sans nouvelle immatriculation
Radiation automatiqueRadiation subie après 24 mois de CA nulAucune, hors contestation

La mise en sommeil convient aux arrêts temporaires, saisonnalité, projet mis en pause, période de salariat. Elle conserve le numéro SIRET et évite de tout recommencer, mais impose de continuer à déclarer un chiffre d’affaires nul. C’est la solution à privilégier quand l’arrêt s’inscrit dans une logique d’activité saisonnière ou temporaire.

La radiation automatique n’est pas un choix : elle intervient d’office après vingt-quatre mois consécutifs de chiffre d’affaires nul. Mieux vaut la devancer par une cessation volontaire, qui permet de maîtriser la date d’effet plutôt que de la subir avec ses conséquences.

La cessation est définitive. Elle se justifie quand l’activité s’arrête sans perspective de reprise, ou quand elle bascule vers une autre forme juridique.

Déclarer la cessation sur le guichet unique

Depuis 2023, toutes les formalités d’entreprise passent par le guichet unique des formalités des entreprises, géré par l’INPI sur formalites.entreprises.gouv.fr. Les anciens centres de formalités, URSSAF, chambres de métiers, greffes, ne reçoivent plus les déclarations directement.

La démarche suit un chemin simple :

  1. Se connecter au guichet unique avec son compte, ou en créer un.
  2. Déposer une formalité de cessation d’activité pour une entreprise individuelle.
  3. Indiquer la date d’arrêt effectif de l’activité, qui déterminera toutes les échéances ultérieures.
  4. Joindre les justificatifs demandés et valider.

La déclaration doit intervenir dans le mois qui suit la cessation. Tant qu’elle n’est pas faite, l’entreprise existe juridiquement : les déclarations de chiffre d’affaires restent exigibles, même à zéro, et leur absence entraîne des pénalités.

Le guichet transmet ensuite l’information à l’INSEE, qui radie l’entreprise du répertoire SIRENE, à l’URSSAF et à l’administration fiscale. Il est prudent de conserver l’accusé de dépôt et de vérifier quelques semaines plus tard, sur l’avis de situation SIRENE, que la radiation a bien été enregistrée.

La dernière déclaration de chiffre d’affaires

C’est l’étape la plus fréquemment oubliée, et la plus coûteuse quand elle l’est.

Le chiffre d’affaires encaissé entre le début de la période déclarative en cours et la date de cessation doit être déclaré à l’URSSAF à l’échéance habituelle, mensuelle ou trimestrielle selon l’option retenue. Les cotisations correspondantes sont calculées et prélevées normalement.

Le régime micro reposant sur les encaissements et non sur les factures émises, une subtilité mérite attention : les sommes reçues après la date de cessation, au titre de prestations réalisées avant, doivent elles aussi être déclarées. Un virement client arrivé trois semaines après la radiation entre dans le chiffre d’affaires taxable. Il faut alors contacter l’URSSAF pour régulariser, la déclaration en ligne n’étant plus toujours accessible après radiation.

Une absence de déclaration ne fait pas disparaître la dette. L’URSSAF procède à une taxation d’office sur une base forfaitaire, généralement défavorable, assortie de majorations. La contester exige ensuite de produire les justificatifs qu’il aurait suffi de déclarer.

Impôt sur le revenu et TVA

Le micro-entrepreneur déclare son chiffre d’affaires sur le formulaire 2042-C-PRO avec sa déclaration de revenus, au printemps de l’année suivante. La cessation en cours d’année ne modifie pas ce calendrier : le chiffre d’affaires réalisé du 1er janvier à la date d’arrêt se déclare dans les cases habituelles, l’abattement forfaitaire s’appliquant normalement.

Deux cas appellent une vigilance particulière :

  • Versement libératoire de l’impôt sur le revenu : les sommes déjà prélevées à chaque déclaration de chiffre d’affaires restent acquises, mais le montant doit être reporté dans la case dédiée de la 2042-C-PRO pour éviter une double imposition.
  • Assujettissement à la TVA : un micro-entrepreneur sorti de la franchise en base doit déposer une déclaration de cessation auprès du service des impôts des entreprises dans un délai court, de trente à soixante jours selon le régime. Ce point concerne notamment ceux qui avaient dépassé les seuils de franchise en base au cours des exercices précédents. Les modalités exactes figurent sur impots.gouv.fr, rubrique professionnels.

La CFE : demander le dégrèvement au prorata

La cotisation foncière des entreprises obéit à une règle d’annualité qui surprend souvent : elle est due pour l’année entière dès lors que l’activité était exercée au 1er janvier de cette année. Fermer en mars ne dispense donc pas de la CFE de l’année en cours.

Un dégrèvement calculé au prorata du temps d’activité peut toutefois être obtenu. Il n’est pas systématiquement appliqué : il faut en faire la demande auprès du service des impôts des entreprises, depuis la messagerie sécurisée de l’espace professionnel sur impots.gouv.fr, en indiquant la date de cessation et la référence de l’avis de CFE.

Date de cessationCFE de l’année en coursCFE de l’année suivante
En cours d’annéeDue, dégrèvement au prorata sur demandeNon due
Au 31 décembreDue en totalitéNon due

Le réflexe utile consiste à demander le dégrèvement dès réception de l’avis, sans attendre l’échéance de paiement.

Ce que la fermeture ne supprime pas

La radiation met fin à l’activité, pas aux engagements pris pendant celle-ci.

Les dettes subsistent. Cotisations sociales, impôts, factures fournisseurs et emprunts professionnels restent dus après la radiation et continuent d’être recouvrés. Depuis la réforme du statut de l’entrepreneur individuel entrée en vigueur en 2022, le patrimoine personnel est en principe protégé des créanciers professionnels, mais cette séparation connaît des exceptions, notamment les dettes fiscales et sociales en cas de manœuvres frauduleuses, et les engagements pour lesquels une caution personnelle a été donnée.

Les documents doivent être conservés. Factures émises et reçues, livre des recettes, registre des achats pour les activités de vente : la durée de conservation habituelle en matière commerciale est de dix ans. Un contrôle URSSAF ou fiscal reste possible après la fermeture, sur les années non prescrites.

Les assurances méritent un examen avant résiliation. Une responsabilité civile professionnelle protège contre des sinistres qui peuvent se révéler après l’arrêt de l’activité ; les artisans du bâtiment restent tenus par la garantie décennale pendant dix ans après réception des travaux. Résilier sans vérifier la reprise du passé et la garantie subséquente expose à un trou de couverture. Un point sur les garanties de responsabilité civile professionnelle s’impose avant toute résiliation.

Les droits après la fermeture

La cessation ouvre une période de transition pendant laquelle plusieurs droits se prolongent.

L’assurance maladie est maintenue pendant douze mois à compter de la radiation. Ce délai laisse le temps de basculer vers un autre régime : salariat, nouvelle activité indépendante ou protection universelle maladie.

La retraite ne se perd pas. Les trimestres validés grâce aux cotisations effectivement versées restent définitivement acquis, quelle que soit la suite du parcours professionnel.

L’allocation des travailleurs indépendants peut être demandée à France Travail, mais ses conditions sont volontairement restrictives : cessation définitive résultant d’une liquidation judiciaire ou d’une activité devenue non viable, revenus minimaux sur les années précédentes, ressources inférieures à un plafond. Elle est versée pour une durée limitée et son montant forfaitaire est revalorisé périodiquement : les valeurs en vigueur sont à vérifier sur service-public.fr.

Le cas le plus fréquent reste différent : celui d’un micro-entrepreneur qui conservait des droits à l’allocation d’aide au retour à l’emploi ouverts avant la création. Ces droits ne disparaissent pas avec l’activité indépendante et peuvent être repris après la cessation, dans la limite du délai de déchéance. Les règles de calcul et de reprise sont détaillées dans notre guide du cumul de l’ARE avec une micro-entreprise.

La checklist de fermeture

ÉtapeQuand
Déclaration de cessationDans le mois suivant l’arrêtGuichet unique INPI
Dernière déclaration de CAÀ l’échéance habituelleURSSAF (autoentrepreneur.urssaf.fr)
Déclaration des encaissements tardifsDès réception des fondsURSSAF, par contact direct
Déclaration de TVA de cessation30 à 60 jours selon le régimeEspace professionnel impots.gouv.fr
Demande de dégrèvement de CFEÀ réception de l’avisMessagerie du SIE
Déclaration 2042-C-PROAu printemps suivantDéclaration de revenus
Vérification de la radiation SIRENE4 à 6 semaines aprèsAvis de situation INSEE
Résiliation raisonnée des assurancesAprès examen des garantiesAssureur

Le geste utile aujourd’hui : fixer la date de cessation, déposer la formalité sur le guichet unique, puis inscrire dans un agenda les deux échéances qui arriveront après, la dernière déclaration de chiffre d’affaires et la demande de dégrèvement de CFE. Ce sont elles, et non la fermeture, qui produisent les mauvaises surprises.

Questions fréquentes

Comment déclarer la cessation de son activité de micro-entrepreneur ?

La formalité se fait en ligne sur le guichet unique des formalités des entreprises, géré par l'INPI, qui a remplacé les anciens centres de formalités des entreprises depuis 2023. Il faut y déposer une déclaration de cessation d'activité en indiquant la date d'arrêt effectif, puis transmettre les pièces demandées. Le guichet répercute ensuite l'information vers l'INSEE, l'URSSAF et l'administration fiscale. La déclaration doit intervenir dans le mois qui suit la cessation : la retarder prolonge inutilement les obligations déclaratives, puisque tant que l'entreprise existe, les déclarations de chiffre d'affaires restent exigibles, même à zéro.

Faut-il faire une dernière déclaration de chiffre d'affaires après la fermeture ?

Oui, et c'est l'étape la plus souvent oubliée. Le chiffre d'affaires encaissé entre le début de la période en cours et la date de cessation doit être déclaré à l'URSSAF à l'échéance habituelle, mensuelle ou trimestrielle. Le régime micro fonctionnant sur les encaissements et non sur les factures émises, les sommes reçues après la date de cessation au titre de prestations antérieures doivent également être déclarées. Une absence de déclaration ne fait pas disparaître la dette : elle déclenche une taxation d'office assortie de pénalités.

La CFE est-elle due l'année de la cessation d'activité ?

La cotisation foncière des entreprises est due pour l'année entière dès lors que l'activité était exercée au 1er janvier de cette année. En cas de cessation en cours d'année, un dégrèvement calculé au prorata du temps d'activité peut être obtenu : il faut en faire la demande auprès du service des impôts des entreprises depuis la messagerie sécurisée de l'espace professionnel. En revanche, si la cessation intervient avant le 1er janvier, aucune CFE n'est due pour l'année suivante, à condition que la radiation ait bien été enregistrée.

Quels droits conserve-t-on après avoir fermé sa micro-entreprise ?

Les droits à l'assurance maladie et maternité sont maintenus pendant douze mois après la radiation, ce qui laisse le temps de basculer vers un autre régime, salarié ou protection universelle maladie. Les trimestres de retraite validés grâce aux cotisations versées restent définitivement acquis. L'allocation des travailleurs indépendants peut être demandée à France Travail, mais ses conditions sont restrictives : elle suppose une cessation définitive pour liquidation judiciaire ou pour activité devenue non viable, un niveau minimal de revenus sur les années précédentes et des ressources inférieures à un plafond. Les conditions exactes sont détaillées sur service-public.fr.

Peut-on rouvrir une micro-entreprise après une cessation ?

Oui, aucune durée d'attente n'est imposée pour recréer une micro-entreprise, y compris dans la même activité. Deux points méritent attention. D'abord l'ACRE : l'exonération partielle de cotisations de début d'activité ne peut être accordée qu'une fois tous les trois ans, ce délai courant depuis la fin du précédent bénéfice de l'aide. Ensuite les dettes : une nouvelle immatriculation ne solde pas les cotisations ou impôts restés impayés au titre de l'ancienne entreprise, qui continuent d'être recouvrés.