Stratégie & développement

Déposer sa marque à l'INPI quand on est micro-entrepreneur : coût, classes et procédure

Déposer une marque à l'INPI en micro-entreprise : ce que protège vraiment une marque, choix des classes, recherche d'antériorité, coût du dépôt, délais et obligation d'usage.

Créatrice indépendante examinant des planches de logos imprimées sur une table d'atelier lumineuse

Un nom trouvé après des semaines d’hésitation, un logo dessiné, un compte Instagram ouvert, un site en ligne : la plupart des indépendants considèrent à ce stade que leur marque existe. Juridiquement, elle n’existe pas. Tant qu’aucun dépôt n’a été effectué, rien n’empêche un tiers de déposer ce nom et d’exiger ensuite que vous cessiez de l’utiliser, sur votre enseigne, vos factures et vos réseaux.

Ce qu’une immatriculation ne protège pas

Trois démarches sont couramment confondues avec un dépôt de marque, et aucune ne protège quoi que ce soit.

L’immatriculation de la micro-entreprise crée l’entreprise et attribue un numéro SIREN. Elle ne confère aucun droit privatif sur le nom utilisé.

La réservation d’un nom de domaine donne un droit d’usage sur une adresse internet, rien de plus. Elle ne permet pas d’empêcher un concurrent d’exploiter le même nom sous une autre extension ou dans le monde physique.

La création de comptes sur les réseaux sociaux ne crée aucun droit opposable. Les plateformes arbitrent d’ailleurs les litiges de nom en faveur du titulaire d’une marque déposée.

Seul le dépôt à l’INPI crée un monopole d’exploitation : le droit d’interdire à un tiers d’utiliser un signe identique ou similaire pour des produits ou services comparables, et d’agir en contrefaçon.

Ce qu’une marque protège : et ce qu’elle ne protège pas

Une marque protège un signe distinctif utilisé pour désigner des produits ou des services : un nom, un logo, une combinaison des deux, parfois un slogan.

Elle ne protège pas :

  • une idée, un concept ou une méthode commerciale ;
  • un savoir-faire ou une recette ;
  • une invention technique, qui relève du brevet ;
  • l’apparence d’un produit, qui relève des dessins et modèles ;
  • une œuvre graphique en tant que telle, qui relève du droit d’auteur, lequel s’applique automatiquement à un logo original, sans dépôt.

Pour être valable, le signe doit remplir quatre conditions : être distinctif, ni descriptif, ni générique de l’activité, licite, disponible au regard des droits antérieurs, et non trompeur sur la nature ou l’origine des produits.

C’est la première condition qui fait échouer le plus de dépôts. « Boulangerie du marché » pour une boulangerie décrit l’activité et ne peut être approprié. Un nom inventé, arbitraire ou évocateur sans être descriptif offre une protection bien plus solide : un critère à intégrer dès le choix du nom de l’entreprise, avant même de penser au dépôt.

Les classes : le choix qui détermine tout

Une marque n’est jamais protégée « en général ». Elle l’est uniquement pour les classes de produits et services visées au dépôt : c’est le principe de spécialité.

La classification de Nice répartit l’ensemble des activités en quarante-cinq classes : trente-quatre pour les produits, onze pour les services. Déposer une marque en classe 25 (vêtements) ne protège pas contre son usage en classe 43 (restauration).

Trois règles pratiques guident le choix :

  1. Couvrir l’activité réelle, avec un libellé précis. Des termes trop vagues peuvent être refusés par l’examinateur.
  2. Anticiper les extensions à court terme raisonnablement envisagées, une créatrice de bijoux qui prévoit une ligne de sacs a intérêt à viser les deux classes dès le départ.
  3. Ne pas se disperser. Chaque classe supplémentaire a un coût, et une classe non exploitée pendant cinq ans expose à une déchéance partielle.

L’INPI met à disposition un assistant de recherche des classes, qui suffit dans la plupart des cas simples.

Le coût réel

PosteMontant indicatif
Dépôt en ligne, une classeenviron 190 €
Chaque classe supplémentaireenviron 40 €
Durée de protection10 ans
Renouvellementpar périodes de 10 ans, redevance à prévoir
Recherche de similarité (optionnelle)variable selon le prestataire

Rapporté à sa durée, un dépôt monoclasse représente une vingtaine d’euros par an. À comparer au coût réel d’un changement de nom subi trois ans après le lancement : refonte du site, réimpression des supports, perte du référencement acquis, réexplication à toute la clientèle.

Ces tarifs sont fixés par voie réglementaire et évoluent : ils sont à confirmer sur inpi.fr avant le dépôt.

La recherche d’antériorité : l’étape que l’INPI ne fait pas à votre place

C’est le point le plus mal connu de la procédure. L’INPI n’examine pas les antériorités. Il vérifie la validité formelle et le caractère distinctif du signe, mais ne recherche pas si une marque proche existe déjà.

Conséquence directe : une marque peut être enregistrée tout en empiétant sur des droits antérieurs, puis annulée des années plus tard à la demande du titulaire antérieur, après que vous avez construit toute votre communication dessus.

La recherche préalable comporte plusieurs niveaux :

  • La recherche à l’identique, gratuite, dans la base de données de l’INPI. Elle écarte les cas évidents.
  • La recherche de similarité, payante, qui élargit l’analyse aux signes proches visuellement ou phonétiquement. C’est de cette catégorie que naissent la plupart des conflits, rarement des identités parfaites.
  • La vérification des autres droits : dénominations sociales au registre des entreprises, noms commerciaux, enseignes, noms de domaine.

Pour un budget contraint, la recherche à l’identique complétée d’une vérification manuelle sérieuse constitue un minimum ; sur un projet destiné à durer, la recherche de similarité est un investissement raisonnable.

Le déroulé de la procédure

ÉtapeDélai indicatif
Dépôt en ligne sur inpi.frImmédiat
Publication au BOPIQuelques semaines
Délai d’opposition ouvert aux tiers2 mois à compter de la publication
Examen sur le fond par l’INPIEn parallèle
Enregistrement, en l’absence d’oppositionEnviron 5 mois après le dépôt

Un point capital : les droits rétroagissent à la date du dépôt. En cas de conflit avec une marque déposée peu après la vôtre, c’est la date de dépôt qui tranche, pas la date d’enregistrement. Déposer tôt, même modestement, vaut mieux que déposer parfaitement mais tard.

Si une opposition est formée, une phase contradictoire s’ouvre, avec des échanges d’arguments et une décision de l’INPI. Elle allonge sensiblement la procédure et justifie souvent l’accompagnement d’un conseil en propriété industrielle.

L’obligation d’usage : une marque se cultive

Le monopole n’est pas acquis une fois pour toutes. Une marque qui n’a pas fait l’objet d’un usage sérieux pendant une période ininterrompue de cinq ans peut être annulée pour déchéance, à la demande de tout intéressé.

L’usage sérieux suppose une exploitation réelle et publique pour les produits et services visés, pas un usage symbolique destiné à conserver le titre. D’où deux réflexes :

  • Ne viser que les classes que l’on exploitera, la déchéance pouvant être partielle et ne frapper que les classes inutilisées.
  • Conserver des preuves d’usage datées : factures, catalogues, captures du site, supports publicitaires, mentions presse.

Au-delà de la France

Une marque française protège le territoire français. Deux extensions existent selon l’ambition :

  • La marque de l’Union européenne, déposée auprès de l’EUIPO, couvre l’ensemble des États membres en une seule demande, pour un coût nettement supérieur.
  • Le système de Madrid, géré par l’OMPI, permet d’étendre une marque de base à un ensemble de pays choisis.

Pour un micro-entrepreneur dont la clientèle est nationale, la marque française suffit. La question de l’extension se pose lorsque la vente en ligne s’ouvre réellement à l’étranger, un cas qui touche aussi la TVA sur les ventes à distance dans l’Union européenne.

Ce que le dépôt change concrètement

Au-delà du droit d’agir en contrefaçon, une marque déposée produit des effets très pratiques pour un indépendant :

  • Opposition aux dépôts ultérieurs portant sur un signe proche, sans passer par un procès.
  • Accès aux programmes de protection des plateformes de vente en ligne et des réseaux sociaux, qui exigent presque tous un numéro d’enregistrement pour traiter un signalement.
  • Argument dans les négociations avec des distributeurs ou des partenaires, qui vérifient de plus en plus la titularité des signes.
  • Actif cessible, transmissible ou concédé sous licence, un point de valeur si l’activité est un jour reprise.

Elle s’articule utilement avec les autres éléments de l’identité commerciale décrits dans notre article sur la création de son image de marque en entreprise individuelle.

Par où commencer

Le geste à poser cette semaine, avant tout budget : ouvrir la base de données de l’INPI et rechercher votre nom à l’identique, puis ses variantes orthographiques et phonétiques les plus proches. Si le champ est libre, identifiez la ou les classes correspondant à votre activité réelle et chiffrez le dépôt, pour une classe, l’ordre de grandeur reste celui d’une facture client moyenne. Si le champ est occupé, il vaut infiniment mieux le découvrir maintenant qu’après avoir imprimé cinq cents cartes de visite.

Questions fréquentes

Immatriculer sa micro-entreprise protège-t-il le nom choisi ?

Non, et c'est le malentendu le plus coûteux en la matière. L'immatriculation crée l'entreprise et lui attribue un numéro SIREN, mais elle ne confère aucun droit privatif sur le nom. Réserver un nom de domaine ou créer un compte sur un réseau social ne protège pas davantage. Seul le dépôt d'une marque à l'INPI crée un monopole d'exploitation opposable aux tiers, permettant d'interdire à un concurrent d'utiliser un signe identique ou similaire pour des produits ou services comparables. Sans dépôt, un concurrent peut parfaitement déposer votre nom et vous contraindre ensuite à cesser de l'utiliser.

Combien coûte le dépôt d'une marque à l'INPI ?

Le dépôt en ligne revient à environ 190 euros pour une classe de produits ou services, chaque classe supplémentaire ajoutant environ 40 euros. La protection court dix ans et se renouvelle indéfiniment par périodes de dix ans, moyennant une redevance de renouvellement. Rapporté à la durée, un dépôt monoclasse représente une vingtaine d'euros par an, un montant sans commune mesure avec le coût d'un changement de nom imposé plusieurs années après le lancement. Les tarifs étant fixés par arrêté et susceptibles d'évoluer, ils sont à confirmer sur inpi.fr avant le dépôt.

Comment choisir les classes de sa marque ?

La classification de Nice répartit les produits et services en quarante-cinq classes, trente-quatre pour les produits et onze pour les services. Une marque n'est protégée que pour les classes effectivement visées au dépôt : c'est le principe de spécialité. Le choix doit couvrir l'activité réelle et les extensions raisonnablement envisagées à court terme, sans se disperser dans des classes qui ne seront jamais exploitées, puisqu'une classe non utilisée pendant cinq ans expose la marque à une déchéance partielle. L'INPI met à disposition un assistant de recherche des classes, et le libellé retenu doit être précis : des termes trop vagues peuvent être refusés.

Faut-il faire une recherche d'antériorité avant de déposer ?

C'est indispensable, car l'INPI examine la validité formelle du dépôt mais ne recherche pas les marques antérieures. Une marque peut donc être enregistrée alors qu'elle empiète sur des droits existants, puis être annulée à la demande du titulaire antérieur, plusieurs années après et une fois la communication déployée. La base de données de l'INPI permet une recherche gratuite parmi les marques identiques ; une recherche de similarité, payante, élargit l'analyse aux signes proches phonétiquement ou visuellement, qui sont la source la plus fréquente de conflits. Il faut aussi vérifier les dénominations sociales, les noms commerciaux et les noms de domaine existants.

Que se passe-t-il après le dépôt et combien de temps cela prend-il ?

Le dépôt est publié au Bulletin officiel de la propriété industrielle dans les semaines qui suivent. S'ouvre alors un délai de deux mois pendant lequel des tiers peuvent former opposition s'ils estiment que la marque porte atteinte à leurs droits antérieurs. En parallèle, l'INPI examine la demande sur le fond : caractère distinctif, licéité, précision du libellé. En l'absence d'opposition et d'objection, l'enregistrement intervient généralement au bout de cinq mois environ. Les droits rétroagissent toutefois à la date du dépôt, ce qui rend la date de dépôt déterminante en cas de conflit.