Création & statuts

Savonnier ou cosméticien artisanal en micro-entreprise : CPNP et personne responsable

Vendre des savons et cosmétiques artisanaux en micro-entreprise : dossier d'information produit, rapport de sécurité, déclaration CPNP, étiquetage obligatoire et régime BIC.

Savonnière artisanale découpant des savons faits main sur un plan de travail en bois, ingrédients naturels et huiles essentielles à proximité

Fabriquer un savon dans sa cuisine ne demande aucune autorisation. Le vendre, en revanche, fait basculer l’activité dans le champ d’une réglementation européenne aussi stricte pour un artisan que pour un grand groupe cosmétique, une contrainte que beaucoup de savonniers découvrent seulement après avoir lancé leur première gamme.

Fabriquer est libre, vendre est réglementé

Rien n’interdit de fabriquer un cosmétique pour son usage personnel ou à titre expérimental. C’est la mise sur le marché : la première vente, même à petite échelle, même sur un marché artisanal ou une boutique en ligne : qui déclenche l’application du règlement européen sur les produits cosmétiques. Ce texte s’applique à l’identique à un savonnier qui fabrique quelques dizaines de pains de savon par mois dans sa cuisine et à un grand groupe industriel, sans aucune exception liée à la taille de l’atelier ou au volume produit.

Cette réalité surprend souvent les nouveaux savonniers, habitués à l’idée que l’artisanat traditionnel échappe aux contraintes réglementaires des grandes marques. En matière de cosmétique, ce n’est justement pas le cas : la sécurité du consommateur prime sur l’échelle de production.

Le dossier d’information produit : la pièce centrale

Avant la première vente, chaque produit, chaque formule distincte, pas seulement chaque gamme, doit faire l’objet d’un dossier d’information produit (DIP). Ce dossier rassemble la description du produit, sa formule qualitative et quantitative précise, la méthode de fabrication employée, les preuves des effets revendiqués sur l’emballage ou dans la communication commerciale, et surtout un rapport de sécurité.

Ce dossier doit être conservé et tenu à jour pendant dix ans après la dernière mise sur le marché du produit concerné, disponible en cas de demande de l’autorité compétente, une obligation de traçabilité qui suppose une organisation rigoureuse dès la première formule commercialisée.

Le rapport de sécurité : l’étape la plus coûteuse

Le rapport de sécurité du produit cosmétique doit être établi par un évaluateur de la sécurité qualifié, généralement titulaire d’un diplôme en toxicologie, en pharmacie ou en médecine, pas par le fabricant lui-même, sauf s’il détient personnellement cette qualification, ce qui reste rare chez les savonniers artisanaux.

Cette prestation, réalisée par un professionnel indépendant ou un laboratoire spécialisé, représente en pratique le poste de dépense le plus important pour qui se lance dans le cosmétique artisanal. Elle se facture par formule de produit et non par gamme entière, ce qui incite à limiter le nombre de références au démarrage plutôt qu’à multiplier les variantes avant d’avoir validé la demande du marché.

La déclaration CPNP : gratuite, mais impérative avant la vente

Une fois le dossier constitué, chaque produit doit être déclaré sur le portail européen de notification des produits cosmétiques (CPNP), une démarche gratuite mais impérative avant toute mise sur le marché. Cette notification informe notamment les centres antipoison de la composition du produit, utile en cas de réaction allergique ou d’incident rapporté par un consommateur. Chaque nouvelle formule ou modification substantielle d’un produit existant appelle en principe une nouvelle déclaration.

Un étiquetage qui ne laisse rien au hasard

L’étiquetage d’un cosmétique obéit à des règles précises, contrôlées lors des inspections : la liste des ingrédients en nomenclature INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients), la durée de conservation ou le symbole « période après ouverture », les précautions d’emploi, le numéro de lot permettant la traçabilité, et les coordonnées de la personne responsable, le fabricant lui-même lorsqu’il est établi en France. L’absence d’un seul de ces éléments expose à un rappel de lot en cas de contrôle, bien au-delà d’une simple mise en demeure.

BIC vente : le régime fiscal applicable

La fabrication et la vente de savons ou cosmétiques relèvent des BIC vente de marchandises, le client achetant un produit fini fabriqué par l’artisan.

PosteMicro-BIC (vente de produits fabriqués)
Abattement forfaitaire71 % du chiffre d’affaires
Plafond de chiffre d’affaires188 700 €
Cotisations socialesEnviron 12,3 % du chiffre d’affaires encaissé, taux à vérifier sur urssaf.fr
Obligation réglementaireDIP, rapport de sécurité et déclaration CPNP par produit

Un savonnier qui propose également des ateliers de fabrication ou des conseils personnalisés à ses clients doit ventiler séparément cette part de son chiffre d’affaires, relevant alors d’une prestation de service, comme détaillé dans notre article sur les activités mixtes en micro-entreprise.

Se lancer : les trois premiers réflexes

Avant la première vente : limiter le nombre de formules au lancement pour maîtriser le coût cumulé des rapports de sécurité, identifier un évaluateur de la sécurité qualifié et budgéter son intervention par produit dès le plan de financement initial, et vérifier que chaque étiquette respecte l’intégralité des mentions obligatoires avant la mise en vente du premier lot.

Questions fréquentes

Faut-il une autorisation pour vendre des savons ou cosmétiques faits maison ?

Il n'existe pas d'autorisation préalable à demander à une administration avant de commencer, mais des obligations documentaires précises s'appliquent avant la première vente. Tout produit cosmétique mis sur le marché européen, savon saponifié à froid, baume, crème, huile de soin, relève du règlement européen sur les produits cosmétiques, qui impose un dossier d'information produit et une déclaration sur un portail dédié, quelle que soit la taille de l'atelier. Vendre sans avoir constitué ce dossier expose à des sanctions en cas de contrôle.

Qu'est-ce que le dossier d'information produit (DIP) pour un cosmétique artisanal ?

Le DIP est un dossier obligatoire, constitué pour chaque produit avant sa première vente, qui rassemble sa description, sa formule qualitative et quantitative, la méthode de fabrication, les preuves des effets revendiqués et, surtout, un rapport de sécurité. Ce dossier doit être tenu à jour et disponible pour l'autorité compétente pendant dix ans après la dernière mise sur le marché du produit, même si sa fabrication a cessé entre-temps.

Qui peut réaliser le rapport de sécurité d'un cosmétique artisanal ?

Le rapport de sécurité du produit cosmétique doit être établi par un évaluateur de la sécurité qualifié, généralement titulaire d'un diplôme en toxicologie, en pharmacie ou en médecine, et non par le fabricant lui-même sauf s'il détient cette qualification. Cette prestation, facturée par un professionnel indépendant ou un laboratoire spécialisé, représente souvent le poste de dépense le plus important pour un savonnier artisanal qui se lance, à budgéter par formule de produit plutôt que par gamme entière.

Comment déclarer un cosmétique artisanal avant de le vendre ?

La déclaration s'effectue sur le portail européen de notification des produits cosmétiques (CPNP), gratuitement, avant la première mise sur le marché du produit. Cette notification informe notamment les centres antipoison de la composition du produit en cas d'incident, et doit impérativement précéder la vente, jamais la suivre. Chaque nouvelle formule ou modification substantielle d'un produit existant nécessite en principe une nouvelle notification.

Quel régime fiscal pour un savonnier ou cosméticien artisanal en micro-entreprise ?

La fabrication et la vente de savons ou cosmétiques relèvent des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), catégorie vente de marchandises, avec un abattement forfaitaire de 71 % et un plafond de chiffre d'affaires de 188 700 €. Cette classification s'explique par la nature de l'activité : le client achète un produit fini fabriqué par l'artisan, à la différence d'une simple prestation de service, ce qui ouvre droit au plafond le plus élevé du régime micro.